Kataramen, déshonneur et anti-héroisme

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Kataramen, déshonneur et anti-héroisme

Message  Kataramen le Dim 12 Juin - 14:53

Chapitre I : Premières armes, gloire et vomissements

Les Plaines de Cania, que Kataramen connaît pourtant si bien, n'ont plus du tout l'air accueillantes. Vomissant un flot noirâtre et ininterrompu de guerriers brakmariens en armure, l'horizon s'obscurcit, annonçant la bataille à venir. La haine suinte de l'adversaire, et la peur de son camp. Pendant un instant, son regard se voile, ses jambes tremblent, et son armure traduit sa terreur en bruit métalliques.

Éructant d'inaudibles paroles, le chef de section crache son flot insipide d'encouragements. Pourquoi suis-je ici est la seule question intelligible qui passe dans l'esprit du jeune guerrier Iop. Honneur, gloire et fortune? Quel intérêt, les morts n'en profitent pas. En arrivant sur ces terres, l'armée bontarienne n'imaginait pas se battre à un contre cinq. À ses côtés, un soldat lâche sa lance et fuit vers le sud. Il ne fait pas dix mètres qu'un flèche l'atteint entre les omoplates. Il s'effondre, et ne bouge plus. Mort. « Que cela vous serve d'exemple, bande de pleutres. » La phrase provient d'un commandant cra. Sa voix ne porte pourtant pas beaucoup plus d'assurance. À sa droite, un vaillant guerrier Ecaflip vomit tripes et boyaux. La Peur. Ses frères d'armes expient le terrible Châtiment qu'est la Terreur. Ses frères? Il n'en connaît aucun, et n'a pas envie de les connaître. Encore une fable de l'État-major.

« Formez les rangs! » L'exclamation de l'officier provoque une pagaille sans nom dans l'armée bontarienne, qui met plusieurs minutes pour s'organiser. Amateurisme. Le Massacre à venir s'annonce mémorable. Voici justement l'Armée ennemie qui avance. Ordonnée, structurée, bien équipée. Ça sent la Boucherie à plein nez. La fin approche.

Fracas. Les deux armées s'unissent en un Joyeux Massacre. L'Ennemi approche. Il dégaine. Une armure noire brille. Il abat son arme. Le crâne se brise. Le cerveau gicle en de belles éclaboussure. L'écœurement le saisit. Il vomit. Un brakmarien se jette sur lui. Il s'empale seul sur l'épée bontarienne. Tous deux roulent sur l'herbe pourpre. Kataramen ne voit plus. Où est-il? Est-il mort? Il entend les fracas des combats. Se relever? Pourquoi faire? Mourir? Pas question! Et l'honneur. Qu'en a-t-il à faire!

Kataramen est seul sur une étendue tragique de cadavre. Les guerriers brakmariens ont longuement fouillés le charnier, sans pourtant l'apercevoir. Il s'était magnifiquement bien caché. Il regardait tristement la beauté des piles de cadavres qui s'entassaient partout autour de lui. Il était fasciné par l'organisation des Brakmariens. Eux savaient comment mener dument un massacre. Eux avaient de l'expérience. Le sol sous ses pieds semblait même avoir été lavé au savon... Il se plie en deux et régurgite le peu qui reste dans son estomac. Horrible! Plus jamais! La dernière des Dernières!

Au loin, l'aurore se lève. Même le soleil lui donnait raison. Les dieux les avaient depuis longtemps abandonnés. Les guerres des hommes ne les intéressaient pas. Tout continue comme si rien ne s'était passé. Les hommes sont stupides.

Kataramen aperçoit une forme au loin. Des charognards s'approchent. Leurs confrères les pillards font de même. Il s'en va.
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Re: Kataramen, déshonneur et anti-héroisme

Message  Kataramen le Dim 12 Juin - 14:54

Chapitre II : Souvenirs, souvenirs

Kataramen marche depuis une heure. Il a prévu de s'abriter quelques temps dans les ruines de Gisgoul, avant de reprendre sa route vers la taverne la plus proche, pou ensuite sombrer dans l'alcool. En chemin, son enfance lui es revenue à l'esprit.

Kataramen est né le 12 Juinssidor 619. Il descend d'une antique lignée de soldats Bontariens, les Théocathoclès. Une antique lignée « pleine de gloire », enfin, c'est ce que disent les livres de la famille. Kataramen fît très jeune les recherches nécessaires pour savoir d'où il venait. La famille Théocathoclès fût effectivement une famille qui s'illustra particulièrement lors de l'Aurore Pourpre. Rapidement après, le patriarche fût sauvagement assassiné par sa femme alors qu'il dormait. S'en suivit alors une véritable guerre fratricide, qui brilla par les hectolitres de sang versés. La famille disparut corps et âme, mis-à-part une lignée secondaire de bâtards impurs, qui reclama rapidement le prestigieux nom de la famille, pour obtenir gloire et fortune, qu'ils n'avaient pas obtenues.

Kataramen avait également un terrible défaut – pour un Iop – qui lui avait valu la colère de ses parents. Voilà, Kataramen avait beau être fort comme n'importe quel disciple de son âge, il réfléchissait. Maintes techniques avaient été mises en œuvre pour éradiquer le Mal – coups de bâton, enfermement, privations – mais rien n'avait suffi. À cinq ans, Kataramen savait déjà compter jusqu'à cent, et à six ans, il lisait avec intéressement les ouvrages d'Acidrik Fenlapanse.

Au grand damne de sa famille, le jeune Iop avait vite révélé un second défaut : il avait peur de mourir. À l'âge de quinze ans, il avait fui comme un demeuré devant un troupeau de mulous enragés. Deux ans plus tard, il s'était enchaîné à son lit pour éviter d'avoir à combattre le Scarafeuille Doré. Ses parents le lui avaient répété maintes fois : « Soit digne du sang qui coule dans tes veines ! » Il leur répondait, une étincelle dans les yeux : « Il faut dire qu'à force de le couper au vin et à la bière, vous l'avez bien dilué ! »

Récemment, ses parents lui avaient demandé de postuler à la milice de Bonta. Pour exprimer son désaccord, il avait filé à Brâkmar et était devenu Guerrier. Deux jours plus tard, sa famille mettait la ville à feu et à sang, l'arrachait à son dortoir et l'enfermait dans les prisons de Bonta. Il avait rapidement dû rejoindre leurs rangs, sans quoi il n'aurait eu qu'à renoncer à l'héritage de la famille.

Aujourd'hui, il venait de faire l'amère expérience de la tradition familiale du massacre systématique et borné, et n'était pas prêt de recommencer.

Soudainement, Kataramen glisse sur un caillou, et fini le nez dans la boue. Face à lui se trouve une magnifique botte noire, bien cirée, fière comme un i. Â côté de sa tête, une lance se plante dans la sol. Il lève les yeux, et aperçoit l'ombre d'un guerrier brâkmarien. Il se lève et saute d'un bon en arrière. Se remémorant ses entraînements, il pose la main sur la garde de son épée, l'attrape vigoureusement, tire d'un coup sec, et dans un fulgurant mouvement, son arme décrit un cercle menaçant, glisse tandis qu'il tente de l'attraper, tel un jongleur, et atterrit à deux mètres de lui. Face à lui, l'escouade de brâkmariens éclate de rire, tandis qu'il revoit ses plans, se retourne, et pratique l'art qu'il maîtrise le mieux : la fuite.
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